
L’été arrive.
Les rythmes ralentissent, les journées s’allongent, les cartables disparaissent dans un coin de la maison… et pourtant, une question continue souvent de tourner dans la tête des jeunes comme dans celle de leurs parents :
« Alors, tu sais ce que tu veux faire plus tard ? »
Elle peut arriver entre deux baignades, au détour d’un repas de famille ou dans une conversation qui se voulait légère.
Parfois, elle est posée avec amour.
Mais pour celui ou celle qui ne sait pas encore, elle peut tomber comme une épreuve à réussir avant septembre.
Il faudrait profiter de l’été pour réfléchir.
Choisir une orientation.
Trouver un métier.
Avoir un projet.
Être prêt.
Et si on faisait autrement ?
Et si l’été n’était pas le moment de trouver sa voie, mais simplement de recommencer à s’entendre ?
Quand un jeune dit : « Je ne sais pas », les adultes ont souvent envie de l’aider très vite.
On cherche des idées de métiers, des formations, des stages, des tests, des solutions.
C’est compréhensible. Nous voulons rassurer.
Mais il y a une différence entre accompagner quelqu’un à avancer et lui demander de produire une réponse avant même qu’il ait eu le temps d’explorer.
Ne pas savoir, ce n’est pas être incapable de choisir.
C’est parfois simplement ne pas avoir encore rencontré les bonnes expériences, les bonnes personnes ou les bonnes questions.
C’est aussi être en train de grandir.
On demande souvent aux jeunes de répondre à une immense question :
« Que veux-tu faire de ta vie ? »
Alors qu’ils ont parfois besoin de commencer beaucoup plus petit :
« Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ? »
« Qu’est-ce qui me fait du bien ? »
« Dans quel environnement est-ce que je me sens à ma place ? »
« Qu’est-ce que je ne veux plus vivre ? »
Ce sont ces petites réponses qui deviennent, peu à peu, de vrais repères.
Nous avons longtemps imaginé l’orientation comme une destination.
Il faudrait trouver “le bon métier”, “la bonne filière”, “la bonne décision”.
Mais une voie ne ressemble pas toujours à une ligne droite.
Elle se construit souvent par essais, par détours, par rencontres, par expériences et parfois même par erreurs.
Un jeune qui dit vouloir être vétérinaire ne veut pas forcément devenir vétérinaire toute sa vie.
Peut-être qu’il veut prendre soin.
Être utile.
Comprendre le vivant.
Réparer.
Travailler dehors.
Rassurer les autres.
Et toutes ces envies peuvent mener vers des chemins très différents.
Le métier est parfois seulement le premier mot posé sur un besoin beaucoup plus profond.
C’est pour cela qu’il est essentiel de ne pas enfermer une personne trop vite dans une étiquette.
L’important n’est pas uniquement de savoir quel métier elle cite aujourd’hui.
L’important est de comprendre ce qu’elle cherche derrière ce mot.
Les vacances peuvent devenir un formidable moment pour repérer des indices.
Pas besoin de grand bilan.
Pas besoin de test compliqué.
Pas besoin de trouver une réponse définitive.
L’idée est simplement d’observer ce qui revient.
Parce que l’été permet souvent de sortir, un peu, des habitudes.
On découvre d’autres lieux.
On rencontre d’autres personnes.
On vit avec un rythme différent.
Et dans ces moments-là, certaines choses apparaissent plus clairement.
Peut-être que l’on se sent bien quand on organise les journées de tout le monde.
Peut-être que l’on adore apprendre l’histoire d’un lieu.
Peut-être que l’on réalise que l’on a besoin de bouger, de créer, d’être entouré ou au contraire de calme.
Peut-être que l’on remarque que l’on aime expliquer, écouter, réparer, imaginer, prendre soin, convaincre ou transmettre.
Tous ces éléments sont des indices.
Ils ne donnent pas forcément un métier.
Mais ils racontent déjà quelque chose de soi.
Je propose souvent cet exercice aux jeunes comme aux adultes qui traversent une période de flou.
Pendant une semaine, prendre quelques minutes chaque soir pour noter trois choses.
Il ne s’agit pas de noter ce que l’on a “bien fait”.
Il s’agit de repérer ce qui nous a fait du bien.
Cela peut être :
Parfois, ce qui nous met en mouvement semble tout petit.
Mais ce sont souvent ces petits moments qui racontent le plus.
C’est une partie tout aussi importante.
Parce que mieux se connaître, ce n’est pas seulement savoir ce que l’on aime.
C’est aussi repérer ce que l’on ne veut plus subir.
Le bruit ?
La pression ?
Les journées identiques ?
Les conflits ?
Le manque de liberté ?
Le sentiment de ne servir à rien ?
Le fait d’être toujours seul ?
Tout cela compte.
Nos fatigues peuvent aussi devenir des boussoles.
Pas un métier.
Pas un projet définitif.
Juste une expérience.
Un moment.
Une ambiance.
Une sensation.
Peut-être une soirée où l’on s’est senti utile.
Une discussion où l’on a osé parler.
Un moment en pleine nature.
Une activité où l’on n’a pas vu le temps passer.
Une expérience où l’on s’est senti fier.
À la fin de la semaine, il suffit de regarder ce qui revient souvent.
Les mêmes mots.
Les mêmes besoins.
Les mêmes environnements.
Les mêmes émotions.
C’est là que les indices commencent à former une histoire.
Quand un parent demande :
« Tu sais ce que tu veux faire plus tard ? »
Il veut souvent bien faire.
Derrière cette question, il y a parfois une inquiétude :
“Est-ce qu’il va réussir ?”
“Est-ce qu’elle va trouver sa place ?”
“Est-ce qu’il ne va pas se tromper ?”
Mais cette question peut mettre une grande pression sur les épaules d’un jeune.
Cet été, vous pouvez essayer de la remplacer par d’autres questions :
« Qu’est-ce qui t’a fait du bien récemment ? »
« Qu’est-ce qui t’intrigue en ce moment ? »
« Qu’aimerais-tu apprendre, même si tu n’es pas encore bon ? »
« Dans quel type d’endroit te sentirais-tu bien ? »
« À quoi aimerais-tu être utile ? »
Ces questions n’exigent pas une réponse parfaite.
Elles permettent de parler sans avoir peur de se tromper.
Et surtout, elles rappellent à un jeune qu’il n’est pas seul dans ses réflexions.
L’orientation n’est pas une course.
Ce n’est pas une réponse à fournir pour rassurer les adultes.
C’est un chemin qui se construit avec du temps, des expériences et de la confiance.
Alors cet été, ne cherchons pas forcément à trouver une vocation.
Cherchons plutôt à entendre ce qui nous anime.
À repérer ce qui nous met en mouvement.
À écouter ce qui nous ressemble.
Parce qu’avant de trouver sa voie, il faut parfois retrouver sa voix.
J’ai créé une fiche simple à imprimer pour accompagner cet exercice pendant une semaine.
Elle permet de noter ce qui donne de l’énergie, ce qui vide et ce que l’on aimerait revivre, puis de faire émerger les répétitions et son prochain petit pas.
Télécharger la fiche “Le carnet des indices :

J’accompagne les jeunes et les adultes qui souhaitent retrouver de la clarté, comprendre ce qui les anime et construire une voie qui leur ressemble.
À travers le Voyage Ikigaï, les accompagnements individuels et mes outils pour les professionnels, je crée des espaces pour explorer sans pression, remettre du sens et transformer le flou en repères concrets.
Carole Pelotin
La Voie est Belle
Restauratrice d’histoires abîmées